1 Jean 3
D’abord quelques pensées
générales sur le chapitre. Dans son épître comme dans l’évangile, Jean cherche à affermir la foi, à consolider
l’assurance des chrétiens. L’épître
établit des critères, des principes qui font référence et qui permettent
de distinguer le vrai du faux, l’original de la copie, la réalité du fantasme.
Il y a ainsi 3
caractéristiques du croyant authentique, on pourrait dire aussi 3 tests
pour distinguer le vrai croyant du faux, 3 preuves de la réalité de notre
profession de foi ou encore 3 critères. Le premier est un critère doctrinal :
c’est la foi en Jésus-Christ. Pas simplement la foi en Jésus ; dans
l’épître, il n’est jamais parlé de Jésus seul (si ce n’est pour dire qu’Il est
le Christ) mais de Jésus-Christ ou de Jésus le Fils de Dieu (21 fois), le Fils
de Dieu venu en chair. Le deuxième critère est moral : c’est
l’obéissance aux commandements, la pratique de la justice. Le troisième critère
est social, c’est l’amour pour les frères. Ces 3 vertus : foi,
obéissance et amour sont inséparables : par exemple, au verset 23, Jean
lie clairement foi en Jésus-Christ et amour pour les frères tout en parlant de
commandement. Dans l’épître, Jean va revenir plusieurs fois sur ces critères en
les prenant dans un ordre différent ou en les ajoutant l’un à l’autre (Paul en
contraste traite les sujets les uns après les autres). Ces critères sont liés,
tous trois sont indispensables, il n’y a pas de note moyenne globale qui nous
permettrait par exemple d’exceller dans l’amour tout en échouant dans
l’obéissance aux commandements. Dans 2 Pierre 1 v.5-7, il est question
de joindre à la foi, la vertu, etc… et à la patience la piété, et à la piété l’affection fraternelle et à l’affection fraternelle,
l’amour. On retrouve la foi, l’amour, on retrouve aussi l’obéissance à travers
la piété. C’est comme une chaîne de vélo : un ensemble de maillons qui
nous fait avancer dans la vie chrétienne. Ce qui détermine la solidité d’une
chaîne, c’est le maillon le plus faible. Quand il casse, c’est tout le vélo qui
devient inutilisable. Alors si mon maillon faible, c’est l’amour des frères,
toute ma vie spirituelle s’en ressent ; idem avec l’obéissance aux
commandements. Donc une pensée fondamentale dans cette épître, c’est qu’une
connaissance réelle de Dieu va de pair avec une transformation morale et un amour fraternel tout aussi réel.
Alors le premier critère, la
foi, Jean en a parlé au chapitre précédent des versets 18 à 27. Et il va en
parler encore au chapitre 4 versets 1 à 6. Dans le chapitre 3, il
n’en est pas tellement question. Par contre, les 2 autres critères constituent
l’ossature de ce chapitre. Du verset 1 au verset 10, il est question du critère
moral, à savoir l’obéissance aux commandements de Dieu, du verset 11 au verset
18, il est question du critère social : l’amour pour les frères et enfin
suit une parenthèse du verset 19 au verset 24 sur l’assurance devant Dieu.
Une autre généralité :
Jean utilise beaucoup les contrastes. Chez lui, c’est tout noir
ou tout blanc. Parce qu’il veut secouer les chrétiens endormis ou sclérosés. Il
oppose dans ce chapitre la vie et la mort (verset 14), les enfants de Dieu aux
enfants du diable (verset 10), l’amour et la haine (versets 11 et 12), le don
de soi au meurtre. Nous sommes dans un temps de compromis où tout est
relativisé dans la morale, la politique, les arts. L’à-peu-près, les presque
rien, le pas complètement sont à la mode. Et nous pouvons nous-mêmes,
influencés par cet environnement, arrondir tous les angles et, ce faisant,
perdre de notre mordant dans notre témoignage.
A présent, quelques mots-clés
du chapitre.
Le premier, c’est « pratiquer ».
Dans notre chapitre, il est parfois utilisé négativement :
« pratiquer le péché », mais aussi positivement « pratiquer la
justice ». Plus nous avançons dans l’épître, plus Jean se fait pressant
pour conduire le croyant dans une vie de droiture, marquée par des actions
concrètes. Il a parlé précédemment de « garder les commandements » il
remplace cette expression maintenant par « pratiquer la justice » (2
v.29 et 3 v.7). La justice, c’est la vertu par laquelle on accorde à
chacun ce qui lui est du. C’est le principe moral qui fait respecter les droits
d’autrui. Le chrétien qui pratique la justice rend à Dieu ce qui lui
revient : louange, honneur, reconnaissance, obéissance, consécration,
service. Il rend aussi aux hommes, avec le secours de la grâce, bonté,
attention, considération, encouragement et assistance. (pass)
Le deuxième, c’est « demeurer ».
Ce verbe est employé 19 fois dans l’épître et il a été prononcé par le Seigneur
Jésus de nombreuses fois dans la chambre haute lorsqu’il était avec ses
disciples : les chapitres 14, 15, 16 de Jean nous rapportent ces discours
de Jésus. Et Jésus a invité ses disciples à demeurer en Lui au moment où il
allait rejoindre son père. Cette invitation a saisi Jean et il en reparle
ici : il dit en particulier que c’est le secret pour devenir vainqueur du
péché (verset 6).
Le troisième, c’est « aimer ».
Le verset 18 parle d’aimer en action et
en vérité. Il faut bien réaliser que l’amour ne se contente pas de
paroles ; elles sont nécessaires mais sans valeur si elles restent seules.
L’amour n’est pas uniquement un sentiment, c’est aussi un acte de
volonté : Aussi bien dans un couple qu’avec mes frères et sœurs dans la foi.
L’amour implique des sacrifices importants (verset 16). A chacun de réfléchir
sur la signification de « donner sa vie pour les frères », à part son
sens le plus littéral. L’amour enfin est touché par les besoins des autres et
ouvre le cœur pour agir en fonction de ses possibilités (verset 17).
Quelques doctrines du
chapitre 3.
D’abord la famille de
Dieu. Vous savez que la bible utilise plusieurs images pour nous parler
de l’église. Et parfois, ce sont plus que des images, ce sont des réalités
spirituelles. Elle utilise l’image d’un troupeau, l’image d’un corps humain,
l’image d’une maison et il y a aussi la réalité de la famille de Dieu. Alors
dans le troupeau, le croyant est vu comme une brebis et Jésus est vu comme le
bon berger. Dans la famille de Dieu, le croyant est vu comme un enfant de Dieu,
Dieu est vu comme son père, son papa céleste : c’est ce que nous trouvons
dans le 1er verset. Jésus-Christ dans la famille de Dieu est vu
comme le premier-né entre plusieurs frères. Ce n’est pas une expression que
l’on trouve ici (mais en Romains 8 v.29), parce que on l’a déjà dit,
Jean dans cette épître s’applique à réaffirmer
Il y a une progression dans
l’épître, puisque le croyant est vu au début comme quelqu’un qui connaît Dieu,
puis quelqu’un qui demeure en Christ , puis quelqu’un qui demeure dans la
lumière, puis comme quelqu’un qui est né de Dieu et finalement comme un enfant
de Dieu.
Le péché. Dans la bible, il y a 2
principales définitions du péché. L’une négative : pécher signifie manquer
le but, faillir, s’éloigner du Créateur. L’autre positive : pécher, c’est
se révolter ouvertement contre Dieu, violer sa sainte loi. C’est le sens du
verset 4. On note au passage que la venue du Seigneur avait pour but d’ôter les
péchés (verset 5). Il s’agit de sa première venue, alors qu’au verset 2, il est
question de sa seconde venue. Les deux venues de Jésus-Christ sont donc
mentionnées dans un ordre chronologique inverse. Dans les versets 8 à 10, il
est question du diable comme en Jean 8. La bible parle ailleurs de
Satan, qui signifie adversaire, mais ici c’est diable ; diabolos qui signifie
calomniateur. Au passage, je précise ou je rappelle la
différence entre la médisance et la calomnie. L’un comme l’autre sont des
péchés : la médisance consiste à dire des choses vraies sur quelqu’un mais
avec un mauvais état d’esprit, en n’hésitant pas à les déformer ou en les
laissant être déformées ; il y a clairement chez celui qui médit des
sentiments négatifs contre la personne qui en est l’objet. La calomnie consiste
à dire des choses fausses sur quelqu’un et à les jeter en pâture. (pass)
L’assurance, la
confiance. C’est une doctrine qui
parcourt le livre : elle consiste non seulement à croire en JC mais à
savoir que nous sommes en lui, unis pour l’éternité.
Parce qu’il arrive que nous
doutions ; toutes les questions que nous nous posons, Suis-je réellement
converti ? Suis-je quelqu’un d’inutile ? Est-ce que je serai un jour
délivré de ces pensées qui m’obsèdent ? Ces questions sont comprises dans
l’expression du verset 20 « si notre cœur nous condamne ». C’est en
fait notre conscience (rendue ici par le mot cœur). Les accusations de notre
conscience sont souvent justes, mais parfois fausses parce que inspirées par
Satan, l’accusateur des frères.
Au verset 20, il y a 3
acteurs d’un débat intérieur : la conscience qui accuse, nous–mêmes qui
nous défendons et Dieu qui juge. Notre conscience n’est pas infaillible, Dieu
par contre l’est et donc nous pouvons passer de notre conscience à Dieu qui
sait tout, pour faire appel. Dieu juge nos motifs les plus secrets, nos
résolutions les plus profondes et Il est plus miséricordieux envers nous que
notre propre conscience.
Au verset 21, on a une
conscience pacifiée et c’est une bénédiction : la communion avec Dieu
devient limpide et forte. Si on est assuré devant Dieu, alors on s’approche de
lui sans crainte (comme un fils s’approche de son papa avec assurance et non
comme un accusé devant son juge), on lui demande quelque chose et on le reçoit.
Pour terminer, l’Esprit est
mentionné pour la première fois au verset 24 : l’Esprit, c’est lui qui
révèle Christ, c’est lui qui nous unit à Christ et c’est Lui qui nous certifie
que nous sommes enfants de Dieu (« L’Esprit lui-même rend témoignage
avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » Romains 8
v.16).